IDHEAL, c'est aussi Les Ateliers de l'Institut, un cycle annuel de formation ouvert aux professionnels de l’habitat et à ceux que le secteur intéresse. Du choix des matériaux de conception jusqu'à la mise en œuvre des politiques publiques en passant par la compréhension des parcours résidentiels contraints ou choisis, ses conférences confrontent les visions critiques, analytiques et opérationnelles de chercheurs et acteurs, experts de ces sujets.
Programme 2026-27
ÉLIRE DOMICILE
G comme Garage, rangé des voitures?
A quoi sert un garage? Plus d’un tiers des Français n’utilisent plus cet espace pour y mettre leur voiture (Pradel, 2018). Libéré de cet usage initial, l’espace s’ouvre à tous les possibles, d’autant qu’il est fluide et ambivalent : entre chez soi et le monde et hors des deux, où la surveillance n’a pas la même place que dans l’espace habité. C’est l’endroit où s’installent les labs, les bureaux improvisés, les projets perso, les usages interdits. On y développe ses passions, ses loisirs, ses rêves. On l’aménage à son goût, on l'occupe, on le réinvente.
Aux origines, le flux
Etymologiquement, le mot garage désigne l’action de “faire entrer les bateaux dans une gare d’eau” (CRLTL). Avec l’invention de la voiture, le garage a progressivement pris pied sur terre et plus particulièrement dans les écuries, espace de rangement de la mobilité … Entre 1891 et 1914, c’est logiquement à la place des chevaux que l’on parque les premières automobiles, et avec le même soin... Petit à petit, les architectes prennent en compte ce nouveau besoin de stocker et protéger son moyen de locomotion et l'intègrent aux bâtiments. Alors objets de luxe à la mécanique fragile, les voitures ont besoin d’être dorlotées : se développent les garages individuels, souvent à côté des maisons, mais aussi les grands garages collectifs, en sous-sol. Jusqu’aux immeubles, dédiés - de “véritables hôtels pour automobiles” (Smith, 2018). La démocratisation de la voiture dans les années 1960 la fait sortir des garages, gagner les rues et les places extérieures. Libérés de cet objet qui prenait toute la place, les garages peuvent entamer leur mue.
Créativité et espace à soi
Bye bye la voiture, bonjour le rock’n’roll ! Cette musique fait fureur dans les années 1960, et ses basses font vibrer les garages familiaux des étudiants américains. Expérimentaux et faits maison, les morceaux sont enregistrés avec les moyens du bord dont le grésillement singulier sera l'authentique label du genre musical créé par ces bands improvisés : le garage rock. Certaines garage-bands ont durablement marqué l’histoire (Nirvana et les Pixies) et le garage rock a fait naître de nombreuses stars (The Creeps, The Strokes, Arctic Monkeys, The White Stripes…). Pas sectaire, le garage va bien au-delà du rock en accueillant aussi ou après, le punk (garage punk), l’électro-rap (UK garage) et la House. Cette dernière a investi les garages de Chicago jouée par la communauté gay, afro-américaine et hispanique.
Dans les années 1970-80 le garage devient un mythe à part entière. L’endroit des possibles, de la musique à la start-up au destin mondial. Celui de la maison familiale des Jobs est devenu une attraction touristique incontournable pour tous les fans de la tech : c’est là que Steve et Stephen (Wozniak) ont conçu le premier ordinateur MacIntosh. Suivront Google, Amazon, Youtube… Chacun son garage, chacun son invention. Cet univers a alimenté la croyance des génies qui se construisent tout seuls. En réalité, si le garage est bien utilisé comme un lab expérimental, il ne faut pas oublier qu’avant de créer la start up miracle, Steve Jobs a longuement été formé chez HP, un géant californien et plutôt dans des bureaux high tech.
Le garage peut aussi être converti par des génies plus modestes en espace à soi où création, rêves et projets trouvent leur place pour se développer. La photographe Helena Day Breese a traversé les Etats-Unis en passant par des garages inattendus. Certains ont retrouvé leur vocation première et abritent des voitures, mais de luxe ou de collection, d’autres sont devenus des bars et surtout le repaire des collectionneurs d'objets XXL, depuis les toilettes peintes jusqu’aux… squelettes de dinosaures en passant par les armures médiévales.
Rien de tel qu’une femme pour faire du bricolage !
Les garages visités par Helena Day Breese racontent le refuge de l’Américain moyen, un homme blanc de classe moyenne ou populaire qui bricole, accumule, se cherche un ailleurs. A l'autre bout de la maison par rapport au bureau, le garage est le lieu du manuel, peu investi par la bourgeoisie, mais il est aussi -comme le bureau- le lieu d’un univers masculin et viril revendiqué. En réalité, les femmes s'y sont aussi fait leur place. Certaines l’ont conquis par la musique, comme le groupe de garage punk The Donnas, né dans le garage de la batteuse Torry Castellano dans les années 1990. A Madrid, Hinds, formation exclusivement féminine, investit le garage rock qui les mène sur les scènes du monde entier. Et derrière elles suivront Thee Headcoatees, The Coathangers, The Buns… Les femmes ne sont donc pas tout à fait, et même de moins en moins, absentes des garages. Aujourd’hui, les bricoleurs sont aussi de plus en plus des bricoleuses : 44% des femmes en couple déclarent se charger du bricolage à la maison en 2023 contre 25% en 2005 (sondage Ifop).
En voie de domestication
Il est possible que la critique écolo contemporaine faite à l’univers automobile ait rendu le garage moins cool. Le mythe s’érode progressivement et cet espace s’intègre de plus en plus au logis. Celui des années 2020 n’est plus un espace des possibles qui fait naître des rêves et peut être des stars : ce qui pourrait être un tout devient un rien, ou un ordinaire, de la place perdue vite vue comme un précieux potentiel d’extension pour nos maisons, au risque de perdre en plus de son nom, son joyeux foutoir.
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