IDHEAL, c'est aussi Les Ateliers de l'Institut, un cycle annuel de formation ouvert aux professionnels de l’habitat et à ceux que le secteur intéresse. Du choix des matériaux de conception jusqu'à la mise en œuvre des politiques publiques en passant par la compréhension des parcours résidentiels contraints ou choisis, ses conférences confrontent les visions critiques, analytiques et opérationnelles de chercheurs et acteurs, experts de ces sujets.
Programme 2026-27
ÉLIRE DOMICILE
T comme Tiny House
Tous les enfants rêvent de vivre dans une cabane et passent des heures à rassembler des bouts de bois en forêt, à les assembler avec soin, pour former un abri, souvent minuscule, souvent fragile, qui dégage néanmoins le sentiment réconfortant d’un chez soi. Depuis quelques années, certains adultes semblent être revenus à ce rêve. Le mot « tiny house » (maison minuscule) éclot régulièrement dans de nombreuses publicités ou des messages sur les réseaux sociaux, qui montrent des familles plonger avec ravissement dans le bonheur bucolique d’habiter ces tout petits espaces, en connexion totale avec la nature.
Au tournant des années 2000, alors que des familles de plus en plus petites s’installent dans des maisons de plus en plus grandes, le small house movement se forme. Généralement attribué à Sarah Susanka, autrice de The Not So Big House, qui propose de limiter la surface habitable à 93 m² (1 000 pieds carrés). Si cette surface est “tiny” outre atlantique, gardons en tête que c’est la taille moyenne des logements en France… Voici donc lancées les « tiny Houses », de petites maisons, généralement transportables et fixées sur une remorque. Sans fondation, elles sont plus écologiques et moins onéreuses que les constructions traditionnelles.
Le mouvement semble prendre aux Etats-Unis, pays dans lequel les “mobile home” qui portent bien les nom sont déjà les héritiers d'une longue histoire de catastrophes naturelles et de tragédies économique. L’ouragan Katrina en 2005 et la crise financière de 2008 poussent de nombreux habitants à se réfugier dans ce mode d’habitation, peu couteux. Pour celles et ceux dont les maisons ont été détruites, ou saisies suite à la crise des subprimes, la Tiny House est une option, qui permet d’éviter le bidonville ou les camps de roulottes. Plusieurs villes, dont Portland dans l’Oregon par exemple, reconnaissent officiellement l’existence de « tiny house villages », espaces réservés à cet habitat à proximité de services sociaux considérés comme des dispositifs d’accueil participant à la lutte contre le sans-abrisme.
Pas encore de nom français
En France, l’essor des tiny houses est plus récent et sans doute lié à la pandémie de 2020. La pandémie qui nous a renvoyées toutes et tous à la maison fut aussi le moment prometteur d'un après plus frugal et plus proche de la nature . Cette tendance témoigne encore d’une aspiration croissante à un mode de vie simplifié et respectueux de l’environnement, le tout dans un contexte de crise du logement, qui rend l’accès à la propriété plus difficile.
La loi française a absorbé cette nouveauté dans le droit appliqué aux caravanes et à tous les types d’habitat légers. Les tiny houses sont considérées comme des remorques. Elles doivent respecter le plan local d'urbanisme de la commune, lorsque celle-ci en a un, mais n'ont pas besoin de permis de construire, tant qu’elles sont sur roues ou que leur emprise au sol ne dépasse pas 20m². Elles peuvent stationner sur des terrains privés avec accord du propriétaire, et, si elles restent fixes plus de trois mois, une simple autorisation du maire. Enfin, si la tiny House est une habitation nomade, elle doit respecter certaines dimensions pour être déplacée (maximum 3,5 tonnes, 2,55m de large, 18m de long en comptant le véhicule et 4,10m de haut).
Cette demande semble répondre à des préoccupations contemporaines, plus qu’à un simple compromis économique. L’éco-anxiété pousse à privilégier un habitat écologique, les désillusions et l'enchaînement de crises économiques et sociales semble rendre possible un mode de vie plus nomade, plus libre, plus coupé de la société, et moins cher. En France, tous types de biens confondus, le prix moyen du m² est de 3 142€. Il atteint plus de 5 000€/m² en île-de-France, et 10 000€/m² à Paris en 2026. En comparaison, les tiny houses coûtent entre 1500 et 2 500€/m², terrain non-compris, selon la taille, le niveau d’équipement et l’huile de coude mise au service de leur construction.
Utopie ou nouveau produit?
Se lancer dans l’auto-construction demande quelques talents manuels et un investissement en temps et en énergie que tout le monde n’a pas. D’où les options « clé en main », de maisons livrées équipées. Plus simple, ce choix nécessite plus d’argent, d’autant que les constructeurs proposent des surfaces de 70 à 80 m² qui n’ont plus rien de tiny. L’utopie se mue-t-elle en produit immobilier? Ce ne serait pas la première fois… : une tiny house peut-elle devenir « luxueuse » sans trahir l’idéal qui l’a fait naître ? Si la construction peut rester sobre, le rêve d’un mode de vie simple et proche de la nature paraît distant lorsque la tiny house ne peut plus être déplacée, et ressemble à s’y méprendre aux hôtels de cabanes de luxe, proposés pour des vacances.
Désormais, c’est l’apparence d’un mode de vie alternatif, simple, écolo, qui semble primer. Pour celles et ceux dont l’espoir d’accéder un jour à la propriété s’amenuise, la tiny House est une solution avantageuse. Ils et elles peuvent posséder leur maison, dans un esprit ascétique, non-matérialiste, emprunt de simplicité et sensible à l’urgence climatique. Derrière l’image d’une décision éthique, un peu hippie, la tiny House ressemble de plus en plus à un mode de distinction, le choix d’une habitation proche des logements de fortune, pour reproduire le plus possible la maison individuelle et accéder, malgré tout, à la propriété. Reste à savoir si ses partisans néo-hippies imiteront leurs prédécesseurs et retourneront à la « vraie vie » après quelques années à jouer dans une cabane, ou si le choix sincère d’une vie écolo et frugale instituera la tiny House comme un mode de vie à part entière.
Carmela Ferraro, « Small but perfectly formed », Financial Times, 21 février 2009.
Margier, A. (2022). L’essor des tiny homes villages pour sans-abri à Portland : institutionnalisation ou informalisation des politiques publiques ? Annales de géographie, 748(6), 29-51
LOI n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (1) - Légifrance. (n.d.).
G comme Garage, rangé des voitures?
A quoi sert un garage ? Plus d’un tiers des Français n’utilisent plus cet espace pour y mettre leur voiture (Pradel, 2018). Libéré de cet usage initial, l’espace s’ouvre à tous les possibles, d’autant qu’il est fluide et ambivalent : entre chez soi et le monde et hors des deux, où la surveillance n’a pas la même place que dans l’espace habité. C’est l’endroit où s’installent les labs, les bureaux improvisés, les projets perso, les usages interdits. On y développe ses passions, ses loisirs, ses rêves. On l’aménage à son goût, on l'occupe, on le réinvente.
Aux origines, le flux
Etymologiquement, le mot garage désigne l’action de “faire entrer les bateaux dans une gare d’eau” (CRLTL). Avec l’invention de la voiture, le garage a progressivement pris pied sur terre et plus particulièrement dans les écuries, espace de rangement de la mobilité … Entre 1891 et 1914, c’est logiquement à la place des chevaux que l’on parque les premières automobiles, et avec le même soin... Petit à petit, les architectes prennent en compte ce nouveau besoin de stocker et protéger son moyen de locomotion et l'intègrent aux bâtiments. Alors objets de luxe à la mécanique fragile, les voitures ont besoin d’être dorlotées : se développent les garages individuels, souvent à côté des maisons, mais aussi les grands garages collectifs, en sous-sol. Jusqu’aux immeubles, dédiés - de “véritables hôtels pour automobiles” (Smith, 2018). La démocratisation de la voiture dans les années 1960 la fait sortir des garages, gagner les rues et les places extérieures. Libérés de cet objet qui prenait toute la place, les garages peuvent entamer leur mue.
Créativité et espace à soi
Bye bye la voiture, bonjour le rock’n’roll ! Cette musique fait fureur dans les années 1960, et ses basses font vibrer les garages familiaux des étudiants américains. Expérimentaux et faits maison, les morceaux sont enregistrés avec les moyens du bord dont le grésillement singulier sera l'authentique label du genre musical créé par ces bands improvisés : le garage rock. Certaines garage-bands ont durablement marqué l’histoire (Nirvana et les Pixies) et le garage rock a fait naître de nombreuses stars (The Creeps, The Strokes, Arctic Monkeys, The White Stripes…). Pas sectaire, le garage va bien au-delà du rock en accueillant aussi ou après, le punk (garage punk), l’électro-rap (UK garage) et la House. Cette dernière a investi les garages de Chicago jouée par la communauté gay, afro-américaine et hispanique.
Dans les années 1970-80 le garage devient un mythe à part entière. L’endroit des possibles, de la musique à la start-up au destin mondial. Celui de la maison familiale des Jobs est devenu une attraction touristique incontournable pour tous les fans de la tech : c’est là que Steve et Stephen (Wozniak) ont conçu le premier ordinateur MacIntosh. Suivront Google, Amazon, Youtube… Chacun son garage, chacun son invention. Cet univers a alimenté la croyance des génies qui se construisent tout seuls. En réalité, si le garage est bien utilisé comme un lab expérimental, il ne faut pas oublier qu’avant de créer la start up miracle, Steve Jobs a longuement été formé chez HP, un géant californien et plutôt dans des bureaux high tech.
Le garage peut aussi être converti par des génies plus modestes en espace à soi où création, rêves et projets trouvent leur place pour se développer. La photographe Helena Day Breese a traversé les Etats-Unis en passant par des garages inattendus. Certains ont retrouvé leur vocation première et abritent des voitures, mais de luxe ou de collection, d’autres sont devenus des bars et surtout le repaire des collectionneurs d'objets XXL, depuis les toilettes peintes jusqu’aux… squelettes de dinosaures en passant par les armures médiévales.
Rien de tel qu’une femme pour faire du bricolage !
Les garages visités par Helena Day Breese racontent le refuge de l’Américain moyen, un homme blanc de classe moyenne ou populaire qui bricole, accumule, se cherche un ailleurs. A l'autre bout de la maison par rapport au bureau, le garage est le lieu du manuel, peu investi par la bourgeoisie, mais il est aussi -comme le bureau- le lieu d’un univers masculin et viril revendiqué. En réalité, les femmes s'y sont aussi fait leur place. Certaines l’ont conquis par la musique, comme le groupe de garage punk The Donnas, né dans le garage de la batteuse Torry Castellano dans les années 1990. A Madrid, Hinds, formation exclusivement féminine, investit le garage rock qui les mène sur les scènes du monde entier. Et derrière elles suivront Thee Headcoatees, The Coathangers, The Buns… Les femmes ne sont donc pas tout à fait, et même de moins en moins, absentes des garages. Aujourd’hui, les bricoleurs sont aussi de plus en plus des bricoleuses : 44% des femmes en couple déclarent se charger du bricolage à la maison en 2023 contre 25% en 2005 (sondage Ifop).
En voie de domestication
Il est possible que la critique écolo contemporaine faite à l’univers automobile ait rendu le garage moins cool. Le mythe s’érode progressivement et cet espace s’intègre de plus en plus au logis. Celui des années 2020 n’est plus un espace des possibles qui fait naître des rêves et peut être des stars : ce qui pourrait être un tout devient un rien, ou un ordinaire, de la place perdue vite vue comme un précieux potentiel d’extension pour nos maisons, au risque de perdre en plus de son nom, son joyeux foutoir.
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